Combat féministe : où en est-on ?

Depuis des siècles, porté par la voix et le courage de femmes de tête, le combat féministe s’est peu à peu frayé son chemin dans l’Histoire. Il est cependant légitime de se poser la question : qu’en est-il aujourd’hui ?

Les dates clés d’un combat difficile

Il faut remonter bien loin dans l’Antiquité pour déceler les balbutiements du féminisme, par les mots de la poétesse Sappho, puis au Moyen-Âge grâce à l’écrivaine Christine de Pizan, première femme de lettres de langue française ayant vécu de sa plume. Mais c’est la Révolution française qui marquera un coup de feu notable dans le combat des femmes pour revendiquer leur place, sociale et politique, dans un système patriarcal qui les muselle.

 

En effet c’est la femme de lettres Olympe de Gouges qui, en 1791, se dresse contre la domination masculine par sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Toutefois il faudra attendre 1876, soit trois quarts de siècle, pour voir s’affirmer la première des militantes féministes en la personne d’Hubertine Auclert, journaliste et écrivaine. 

 

À partir de là, les dates s’enchaînent comme autant de pierres apportées à l’édifice du combat féministe : la Sorbonne accueille les femmes (1880), le journalisme leur ouvre ses portes (1897), accès aux métiers du droit pour les premières femmes avocates (1900), le monde des sciences acclame Marie Curie pour le prix Nobel de physique (1903)…

 

Outre-Manche, le premier mouvement des Suffragettes en faveur du droit de vote pour les femmes éclôt en 1908. Le XXe siècle va voir se succéder un nombre considérable de progrès dans l’égalité entre les hommes et les femmes : droit des femmes à disposer de leur salaire, suppression de leur incapacité juridique dans le Code civil, droit de vote, égalité des rémunérations, divorce par consentement mutuel… Deux figures de proue vont s’imposer dans le combat féministe, Simone de Beauvoir par son livre Le Deuxième Sexe, et Veil par la loi en faveur de l’IVG. Car côté purement sexuel et physiologique, les tabous ont encore la vie dure. La route est encore longue avant la gratuité des protections hygiéniques et la conception de culottes menstruelles 

 

Il faudra attendre 1980 pour que le viol soit considéré comme un crime (1990 pour oser parler de viol entre époux…), et 2016 pour que les protections hygiéniques (tampons, serviettes, culottes menstruelles…) soient désormais considérées comme produits de première nécessité. 

 

Aujourd’hui, la lutte continue !

Le combat féministe est un combat de chaque instant, qui ne peut se permettre de baisser sa garde. Les mouvements féministes se multiplient, et n’ont de cesse de dénoncer les violences faites aux femmes, qu’il s’agisse de violences sexistes et sexuelles ou de violences conjugales. 

Le 8 mars 1982 marque la première Journée internationale des femmes en France, une date phare… Depuis 2016, les femmes battues peuvent trouver refuge dans des lieux dédiés, les Maisons des Femmes, la première ayant vu le jour à Saint-Denis. Jour après jour, encouragées par celles qui « osent » s’exprimer haut et fort, comme l’actrice Adèle Haenel, victime d’attouchements sexuels entre 12 et 15 ans, les femmes montent au créneau et se servent des réseaux sociaux pour placer sous le feu des projecteurs les actes de violence dont elles sont ou ont été victimes : ainsi a-t-on vu fleurir les mouvements successifs #balancetonporc, #metoo et plus récemment #metooinceste qui mettent à mal la domination masculine, toujours bien ancrée dans les mentalités…

 

De leur côté, les femmes noires ne sont pas en reste, devant quant à elles affronter une double discrimination, sexiste et raciste. Le combat féministe de ces femmes, appelé afro-féminisme, est né du mouvement américain des droits civiques du début des années 50 et du black feminism des années 70. Ces militantes estiment ne pas avoir leur juste place dans les mouvements féministes actuels, représentés essentiellement par des femmes non racisées.

 

Et demain, qu’en sera-t-il ?

 

« Vous devrez rester vigilantes votre vie durant », tel est le mot d’ordre laissé aux femmes par Simone Veil. Aujourd’hui encore, selon les statistiques, une femme est victime de viol en France toutes les 9 minutes… et les écarts de salaires entre les hommes et les femmes, à responsabilités égales, sont toujours de l’ordre de 17%... en faveur de ces messieurs. 

Côté grande cuisine, les femmes chefs ont dû se retrousser les manches pour parvenir à s’imposer dans cet univers exclusivement masculin et gagner des étoiles largement méritées. Et le temps ne semble pas encore venu de voir une femme à la tête de l’État… Dans un domaine beaucoup plus dramatique, les mariages forcés existent aussi en France, et les excisions sauvages sont toujours pratiquées, même sur le territoire français. Ces actes barbares et contre nature sont dans le collimateur d’associations telles que la GAMS, créée en 1982 par des femmes africaines résidant en France et des femmes françaises.

Chaque pas franchi dans le combat féministe est une petite victoire en soi, mais combien long est encore le chemin à parcourir !