Les femmes qui ne s'épilent pas : raisons et témoignages

Beaucoup de féministes et de collectif comme « Liberté, pilosité, sororité » voit le poil féminin -et la femme non épilée- comme un puissant levier d’empowerment et de réconciliation avec soi-même. Parce que Blooming encourage et valorise l’épanouissement des femmes et le mouvement body positive (acceptation de soi), nous avons voulu vous proposer un article qui laisse la parole aux femmes et plus précisément à celles qui ont fait le choix de ne plus s’épiler.

Maéva 27 ans chargée de communication et femme non épilée

« Libérée, délivrée, je ne m’épilerai plus jamais… » chantonne Maéva en riant avant de commencer l’entretien.

« La première fois que je me suis épilée, j’étais en 6ème. Je me souviens que toutes mes copines disaient s’épiler pour que ça ne fasse pas sale. Du coup, après une discussion du genre, je suis rentrée chez moi, j’ai pris un des rasoirs de ma mère et je l’ai passé sur mes jambes… C’était d’ailleurs complètement idiot vu que je n’avais quasi pas de poils… Mais dès ce jour-là, mon rasoir ne m’a plus jamais quitté (rire)

 Je ne saurai pas exactement dire quand je suis devenue une femme non épilée (rire).

Un parcours progressif

Ça s’est fait progressivement : dans mon parcours universitaire, j’ai été amené à lire pas mal de travaux féministes bien sûr, mais j’ai aussi beaucoup lu des articles de Slate et de MadmoiZelle à ce sujet…

Puis, un jour je ne me suis tout simplement pas rasé et petit à petit j’ai eu la flemme de me re-raser…

Ça fait trois ans maintenant que je ne me suis pas épilée et je crois que le plus dur pour moi ça a été le premier été : je n’osais pas lever les bras et j’étais un peu gênée quand je portais des shorts. Maintenant quand j’en parle à des amies et qu’elles me disent courageuse, je me sens fière parce que sortir sans s’épiler ne devrait pas être considéré comme une preuve de courage. Et si autant de personnes le perçoivent ainsi c’est qu’on a vraiment un problème quelque part ! »

Clara 31 ans doctorante en sociologie des mouvements sociaux et femme à poils

« Le moment marquant de ma vie de femme à poils (rire), c’est la discussion que j’ai eue avec ma cousine », dit Clara avec un léger sourire.

« J’avais treize ou quatorze ans et elle avait la vingtaine. Je me souviens qu’elle m’a fait tout un laïus sur l’épilation intégrale : sur les risques de blessures, sur le fait que les poils pubiens protégeaient en partie des microbes et des IST… C’était la conversation du malaise ! J’étais gênée et je voulais juste qu’elle se taise (rire) !

Ma mère était totalement d’accord avec ma cousine d’ailleurs et je crois que c’est en partie grâce à elles deux que j’ai rapidement abandonné toute idée de me raser. J’avais beaucoup l’impression de me raser parce que c’est comme ça… ce qui n’est pas génial comme argument (rire).

Plus de représentativité peut changer nos perceptions

Le vrai déclic, je l’ai eu il y a douze ans. J’étais en Licence 1, à Lille, j’avais une professeure que j’admirais beaucoup et qui ne s’épilait pas. Elle avait les sourcils en bataille, un peu de duvet au niveau du menton et c’était surtout la femme la plus cool et la plus intelligente que j’avais jamais rencontrée. J’ai eu envie de faire comme elle !

Aujourd’hui je suis vraiment fière parce que j’ai l’impression de voir un peu partout des gens parler de poils et les assumer. J’ai l’impression de moi aussi, faire partie de ce mouvement et de lutter contre une des 150 000 injonctions faites aux femmes ! »

Photo libre de droits (Unsplash) de mybillie.com

Le témoignage de Léa Castor pour madmoiZelle

Léa Castor, elle, disait pour madmoiZelle qu’elle avait réalisé qu’elle se rasait plus pour les autres que pour elle-même. Son parcours de femme non épilée a lui aussi été progressif.

Femmes : cachez ces poils que je ne saurai voir !

Agathe Petit, journaliste et rédactrice en chef au Labo des savoirs nous rappelle lors d’une chronique1 dédiée à la femme non épilée que pendant des siècles moustaches, barbes, poils ont symbolisé la force, la sagesse, et le pouvoir. Tout comme les poils qui les incarnaient, ces qualités étaient réservées aux hommes. Ainsi, il était normal pour les hommes d’être poilu tandis que les femmes ne devaient pas l’être 🤷🏾.

Le poil des femmes a d’ailleurs été invisibilisé dans la majorité des œuvres d’art (sculpture et peintures) au profit de représentations de femmes imberbes 🙈.

La naissance de Vénus, tableau majeur de Sandro Botticelli, peint vers 1484-1485

Aujourd’hui encore, sur les réseaux sociaux comme Instagram ou dans les séries, les influenceuses et les actrices exhibent leurs jambes imberbes. Les femmes non épilées ne sont pas représentées.

On peut aussi noter que la pornographie, industrie principalement dominée par des hommes, continue à mettre en avant cette image de femme dépourvue de toute pilosité.

Ces images contribuent à nourrir un imaginaire qui consisterait à croire que la norme, c’est une femme sans poil 🤷🏾‍.

Alors, est-ce que montrer ses poils pourrait être une façon de créer de nouveaux imaginaires ?

Vous êtes les seules à pouvoir le décider !

Que vous choisissiez de vous épiler ou pas, l’essentiel c’est que ce soit votre choix 😊.

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