Précarité menstruelle et coût des règles

Aaaah les règles ! Cet écoulement sanguin qui vient frapper à la porte de notre utérus tous les mois !

Procédons à un calcul simple : si nous avons en moyenne nos premières règles vers l’âge de 12 à 14 ans, et ce, jusqu’à la ménopause (entre 45 et 55 ans), une femme a donc ses règles pendant près de 40 ans.

Soit près de 500 cycles menstruels tout au long de sa vie.

Les protections hygiéniques n’étant pas remboursées par la sécurité sociale, cela peut vite coûter très cher ! 

Pour les plus précaires d’entre nous, l’achat de protections menstruelles représente un coût non-négligeable et peut rapidement devenir un luxe. 

Combien coûtent les règles pour une femme ? Il est temps de briser le tabou et lever le voile sur la précarité menstruelle.

Les dépenses menstruelles : une estimation très variée 

Il n’existe pas d’études précises françaises à ce sujet. Cela n’est pas anodin. Les estimations varient grandement en fonction de chaque femme : régularité, flux, type de protections choisi, période post-accouchement, usage d’anti-douleurs sont autant de facteurs qui impactent la dépense engagée chaque mois.

Le choix des marques et le choix des protections périodiques pèsent également dans la balance. 

En 2019, le journal Le Monde a publié une enquête estimant le coût des règles à près de 3 800 euros dans une vie. Les critères inclus dans ce calcul sont :  

  • La durée des règles moyenne : cinq jours 
  • La durée du port de la protection recommandée par les différentes marques : changer sa protection toutes les trois à six heures. 
  • Le coût des anti-douleurs utilisés par les femmes atteintes de dysménorrhées souvent mal remboursés (15 % pour le Spasfon)
  • Les prix moyens des différentes protections disponibles sur le marché. Un calcul restreint aux serviettes hygiéniques et tampons ; l’utilisation de méthodes alternatives telles que la cup, la culotte menstruelle ou les serviettes lavables n’est pas intégrée au calcul.
  • Les visites annuelles chez le gynécologue. Leur coût peut sensiblement varier en fonction de la région et la prise en charge mutuelle. 
  • Sans oublier, les dépenses liées aux petits accidents pour remplacer les sous-vêtements ou les draps tâchés. Difficile de faire une estimation exacte mais, cela fait sans conteste partie de nos dépenses annuelles. 

Bilan des opérations : avoir ses règles coûte une petite fortune. Même avec une estimation basse des dépenses annexes, chaque femme dépensera en moyenne 10 € par mois et de 100 à 150 € par an.

Précarité menstruelle : une réalité pour près d’1.5 million de femmes en France 

10 euros par mois peuvent paraître négligeables pour certaines Françaises. Force est de constater que ce montant ne pouvant être contourné, cela peut créer de grosses difficultés pour les femmes en situation de précarité. Les travailleuses précaires, les étudiantes, les femmes sans domicile fixe, les mères isolées ayant des filles, sont les premières concernées. 

Pour les femmes sans abris, s’ajoute au coût des protections la difficulté d’accéder à des lieux propres pour se changer. 

Certains femmes peuvent se retrouver en garde à vue pour vol de protections.

De nombreuses femmes trouvent des alternatives aux protections hygiéniques, quitte à mettre en danger leur santé : bricoler des serviettes avec du papier toilette, des journaux, des chutes de tissu, etc. 

Une enquête a révélé que certaines détenues pouvaient fabriquer des coupes menstruelles avec des bouteilles en plastique. Elles lissent les bords contre les murs pour les rendre moins coupants. 

Des solutions système D qui peuvent s’avérer dangereuses.

Si les femmes sont contraintes de les garder trop longtemps, cela peut entraîner des allergies, des démangeaisons, des irritations, des infections voire les exposer à un choc toxique.

21 % des  jeunes filles déclarent ne pas aller à l’école, au travail ou à des entretiens d’embauche pendant leurs règles, estimant ne pas être en mesure de se protéger. 

Quelles sont les initiatives prises en France pour la précarité menstruelle ? 

Les associations, les ONG féministes et les particuliers prennent des mesures pour dénoncer cette inégalité. En première ligne, l'association Règles élémentaires qui organise des collectes et le groupe militant Ça va saigner  invitant les internautes à tâcher leurs vêtements et à exhiber leurs tâches sur les réseaux et dans les lieux publics comme autant de cris de revendication. 

Les Restos du coeur s’engagent aussi contre la précarité menstruelle.

Le collectif des Glorieuses interpelle l'exécutif en organisant de sondages en

ligne et a adressé une pétition adressée au Ministère de l’Education Nationale. 

 

En 2018, les Écossais ont été les premiers à rendre les protections périodiques gratuites dans les universités et les écoles. Le gouvernement a proposé un budget de près de 5,2 millions de livres (5,8 millions d’euros) afin de garantir aux étudiantes un accès gratuit aux protections hygiéniques. 

En avril 2018, la mutuelle étudiante LMDE rembourse à hauteur de 25 euros par an les protections périodiques. Une part encore trop petite des étudiantes en bénéficie : en cause, une communication encore trop confidentielle et la complexité des procédures de demande de remboursement.

A l’occasion de la journée mondiale de l’hygiène féminine, en mai 2019, Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité hommes femmes a réuni plusieurs parlementaires, associations et industriels afin de mettre en place une stratégie de lutte contre la précarité menstruelle. Un projet d’expérimentation des protections hygiéniques gratuites est actuellement en étude. 

"Oui, les règles des femmes doivent devenir des sujets de politiques publiques : accès gratuit aux protections hygiéniques pour celles en difficulté, transparence de la composition, recyclage, engagement des industriels, innovation. Levons le tabou des règles avec le gouvernement !", a déclaré Marlène Schiappa lors de cette réunion. 

Un débat qui fait écho à la dénonciation en 2015 de la taxation TVA des protections hygiéniques, considérées comme des produits de luxe et non comme des produits de première nécessité. Les députés avaient ainsi adopté une mesure visant à abaisser la TVA sur les produits d’hygiène féminine (20% à 5,5%). Pourvu que ça dure ! 

ENGAGEZ-VOUS!

En attendant, si vous aussi souhaitez aider les femmes en situation de précarité menstruelle, vous pouvez organiser des collectes dans votre entreprise, dans votre école, dans votre université, avec le support de l’association Règles Élémentaires