Pratiquer le flux instinctif libre, pour des règles libres sans protection !

Le flux instinctif libre, un terme qui revient beaucoup dans les médias et sur le net, qui fait débat lors des dîners entre amies. Le principe consisterait à retenir son sang menstruel et l’expulser quand on le désire. Il y a plusieurs écoles : celles qui le pratiquent activement, celles qui le font sans s’en rendre compte ou d’autres qui trouvent cette pratique impossible voir même dangereuse ! Mais le flux instinctif libre kezako ? D'où vient exactement cette pratique ? Comment peut-on la mettre en place dans sa routine ?  Pourquoi cette pratique fait elle polémique ? Est-elle véritablement “néfaste” pour la santé ? Blooming s’est penchée sur la question. 

Le flux instinctif, c’est quoi ? 

Le flux instinctif libre est une pratique qui consiste à maîtriser l’écoulement du sang menstruel. Une capacité qui serait naturelle et instinctive comme lorsque l’on ressent l’envie pressante d’aller aux toilettes. Il suffit simplement de se retenir lorsqu’on sent que le sang menstruel peut couler et “l'expulser” dans les toilettes comme pour tous les fluides corporels. Plus besoin de protections menstruelles, les femmes seraient ainsi à l’écoute de leur flux. Selon les adeptes de cette méthode, pour être capable de sentir lorsque notre vagin a besoin de se vider, il faut être en osmose totale avec notre corps féminin.

Pratiquer le flux instinctif libre nous permet d’acquérir une profonde conscience de ce qu’il se passe dans notre corps intérieurement pour pouvoir éliminer au moment voulu, lorsque nous avons accès à des commodités.  

Les origines du flux instinctif libre 

  • Origines

Cette pratique nous vient tout droit des États-Unis, elle a été popularisée en France en 2015 sur internet. Les enjeux environnementaux au coeur du débat, ainsi que l’émergence du mouvement zéro-déchet a laissé place à de nouvelles routines écologiques. Il est nécessaire de rappeler que près de 45 milliards de déchets sont jetés dans le monde chaque année. Une seule femme jetterait près de 10 000 serviettes,  tampons ou protège-slips dans sa vie. L’urgence environnementale et les mouvements écologiques ont sensibilisé les populations sur la pollution des protections jetables et mis en exergue les solutions pour des règles zéro-déchet. Les serviettes lavables, la cup menstruelle ou les culottes de règles. Dans toutes ses alternatives, nous pouvions y découvrir le flux instinctif libre. C’est la blogueuse suisse Lena Abi Chaker qui fût la première à écrire sur le sujet sur les réseaux francophones en 2012 : 

"Imaginez une société où les parents n'apprendraient pas à leurs enfants à se passer des couches, on devrait en porter toute notre vie ! Dans ce sens, les femmes sont restées un peu des enfants, dépendantes un quart de leur temps d'une industrie qui leur "facilite" la vie et leur enlève tout idée d'autonomie. Ironie du sort, la faible musculature du périnée (notre pauvre muscle délaissé toute une vie) est liée à l'incontinence, un problème qui touche principalement les femmes ! Ainsi, après la ménopause, les protège-slips sont parfois remplacés par des couches pour pertes urinaires ! Les vendeurs de couches se frottent les mains ! "

Il n’existe pas encore de statistiques concernant le nombre de femmes pratiquant le flux instinctif libre mais l’émergence du mouvement sur internet et dans les médias montre que la communauté s'agrandit de jour en jour.  Elles insistent aussi sur la toxicité des protections hygiéniques jetables. Les serviettes et tampons jetables présentent, pour certains, des substances toxiques - dioxines, cristaux de polyacrylate de sodium - et les fibres de viscose utilisées dans les tampons sont également blanchies au chlore. Selon les adeptes, le plus simple serait de s’en séparer au maximum. Mais avec tous ces facteurs, n’oublions pas que le flux instinctif libre est avant tout un mouvement idéologique. 

En 2019, l’auteure et naturothérapeute Jessica Spina a publié le livre “Le flux instinctif libre, ou l’art de se passer de protections périodiques” (éditions L’instant présent). Ce livre est un véritable guide pour celles qui souhaitent se lancer dans l’aventure. Méditation, écriture et respiration, de nombreuses techniques sont proposées pour gérer son flux menstruel. L’auteure déclare qu’:"Aujourd’hui, de nombreuses femmes ne savent pas vraiment comment leur corps fonctionne réellement. Nous ne sommes pas connectées au bas de notre ventre. En pratiquant le flux instinctif libre, on conscientise cela. On se reconnecte à soi, à son féminin."  Pour elle, le flux instinctif libre est un formidable moyen de redécouvrir sa féminité, de se réapproprier son corps et récupérer son autonomie sur ses propres règles.   

Les avantages et bénéfices du flux instinctif libre  

 De nombreux avantages peuvent être vécus par les adeptes du flux instinctif.

  • C’est économiquement intéressant : n’oublions pas que les menstruations coûtent cher et que la précarité menstruelle est une réalité pour près d’1.5 millions de femmes en France. Plus besoin de dépenser de l’argent dans des protections hygiéniques jetables. 
  • C’est écologique : pour celles qui souhaitent se lancer dans les règles zéro déchet c’est le moment ! 
  • On vit mieux ses règles : selon la gynécologue-obstétricienne Nathalie Detoeuf dans Cheek Mag : Se connaître et être en confiance avec soi diminue les douleurs. Certaines jeunes filles ont mal au ventre au début de leur puberté et une fois qu’elles se connaissent mieux en tant que femmes, ces douleurs disparaissent." Le flux instinctif libre pourrait soulager certaines douleurs au ventre et de se sentir plus à l’aise avec ses règles une fois que cette pratique est bien maîtrisée. 
  • Un vie sexuelle plus agréable : pour être une experte du flux instinctif, il faut savoir gérer son périnée. Plus le périnée est musclé, plus le plaisir sexuel et la jouissance sont décuplés.  Mais il y a un juste milieu de  “fermeté”, car si le périnée est trop musclé, les rapports sexuels peuvent être douloureux

Comment pratiquer le flux instinctif libre ?   

Mais alors comment faire ? Lorsque nous avons toujours été habituées à laisser couler le sang menstruel depuis le début de nos règles, ce concept peut sembler laborieux. Une pratique qui nécessite un certain entraînement. Il ne faut pas s’en faire si nous n’y arrivons pas dès les premières fois. Patience et longueur de temps sont de mise, il ne faut pas paniquer ! 

En moyenne, quatre à cinq cycles sont nécessaires avant de le maîtriser sereinement. Nous conseillons de s'entraîner dans un environnement tranquille, de préférence chez soi pour ne pas craindre les accidents ! Privilégier des sous-vêtements pratiques auquel on ne tient pas trop car ils risquent d’être tâchés les premières fois. Une culotte menstruelle peut-être l’idéal quand on commence le F.I.L car elle nous offre une certaine sécurité. 

Pour commencer, prendre conscience des signaux envoyés par notre corps lorsqu’il évacue le sang menstruel. Qu’est-ce que l’on ressent ? Quelles parties de notre corps se contractent ? Les adeptes du F.I.L constatent trois sensations particulières qui reviennent fréquemment : 

  • Nous pouvons sentir littéralement le sang qui coule de notre vagin
  • Nous pouvons ressentir une contraction au niveau du bas ventre 
  • Une pression sur la vessie comme lorsque l’on a envie d’uriner. 

 Bien évidemment, tous les corps sont différents et nos règles aussi. C’est pour cela qu’il est important de garder un oeil sur nos sensations personnelles.

Une fois que nous sommes conscientes que le sang arrive dans le vagin, c’est à ce moment précis qu’il faut aller l’expulser aux toilettes. Au début les allers-retours aux WC seront très fréquents : environ toutes les 30 minutes en moyenne. Ensuite, avec un peu d'entraînement nous pouvons allonger à 2 ou 3 heures.  Notre corps à une excellente mémoire, et au fil du temps, nous aurons moins à nous concentrer et cette pratique deviendra plus instinctive.

Et le périnée dans tout ça ? 

Le voici le petit secret : la contraction du périnée c’est la clé !

Le périnée est considéré comme un “hamac” musculaire qui étire et distant les muscles. L’orifice de notre vagin ne possède pas de sphincter, ce qui fait qu’une fois que le sang est arrivé au bas du vagin, nous ne pouvons le retenir. Pour expulser le sang, le périnée doit se contracter et se relâcher tout seul. Mais nous pouvons nous entraîner pour le muscler et le contracter lorsque nous sentons le sang s’écouler. Contracter le périnée n’est pas toujours chose aisée pour toutes les femmes car ce n’est pas son rôle naturel. Il faut apprivoiser le mouvement. 

Selon la sage-femme Bernadette de Gasquet, pour sentir son périnée, elle conseille : « Placez-vous en tailleur, imaginez que vous vous retenez très fort d'uriner et d'aller à la selle. Vous ressentez alors une sensation de fermeture du vagin, de serrage de l'anus et une sensation de remontée. Quand vous relâchez, vous ressentez une ouverture et une redescente ». En effet, si le périnée n’est pas assez tonique, nous allons avoir du mal à garder le sang menstruel trop longtemps. 

Pour faciliter cette tâche, nous pouvons essayer de visualiser ce qu’il se passe à l’intérieur du corps en temps réel grâce à des exercices de respiration et de méditation. Pour des résultats optimums, nous pouvons prendre le temps de rééduquer notre périnée avec un professionnel. Le pilates et le yoga sont aussi des pratiques qui permettent de faire travailler ce muscle. Prenons garde lorsque nous toussons ou éternuons le sang peut s’écouler brusquement : c’est dans ce genre de moment qu’il faut véritablement contracter son périnée pour éviter les accidents. 

La position de notre corps peut aider : lorsque nous sommes debout le vagin est orienté en arrière, à l’horizontal alors il faut éviter de se pencher, cela peut faire couler le sang. Lorsque nous sommes assises, notre vagin se remplit de sang, il ne faut donc pas oublier de bien contracter son périnée car si on se lève brusquement la gravité peut mener aux fuites.

Contrôler ses règles la nuit

La nature est bien faite : la nuit, notre cerveau nous réveille en pleine nuit lorsque nous avons envie d’uriner. Alors pourquoi ne pas intégrer ce réflexe pour les menstruations ? Il ne faut pas hésiter à prendre ses précautions et se vider avant d’aller se coucher. Dans le doute, nous conseillons pour les premières fois de mettre une serviette sur vos draps pour les protéger. Mais de nombreuses adeptes affirment que si notre cerveau s’adapte à ce réflexe la journée, il le fera aussi la nuit. De plus, la position allongée empêche le sang de trop couler via la pesanteur, il faut néanmoins prendre garde lorsque l’on se lève. 

Quid des règles abondantes ?

Lorsque les règles sont abondantes, il faut être plus vigilante car cela peut être un peu plus complexe de bien maîtriser la méthode. De nombreux allers-retours aux toilettes seront probables. 

Le flux instinctif libre comporte-il des risques ? 

Le F.I.L a souvent été considéré comme marginal et les avis divergent sur cette pratique. Certains médecins affirment que le sang doit s’écouler en permanence et ne pas rester trop longtemps à l’intérieur sinon il pourrait se refouler vers l’utérus ou les trompes. Ce qui pourrait causer une infection pelvienne. 

Dans 20 minutes, le gynécologue Jacques Lansac affirme que  « le sang doit s’écouler, le vagin n’est pas stérile, c’est un milieu de culture et ça risque de favoriser une multiplication bactérienne. »

Si certains parlent de prolifération bactérienne, d’autres estiment que cette méthode est au contraire plus noble et même plus hygiénique. Toujours dans le dossier de Cheek Magazine, le médecin Martin Wrinckler stipule que “La seule chose dangereuse, c’est d’insérer dans le vagin quelque chose qui risque d’y introduire des microbes, et de ne pas le retirer. Le sang des règles n’est pas ‘infecté’. Le retenir quelques heures n’a rien de dangereux.” 

En effet, il y a certainement plus de risques d’infections avec une protection interne que l’on garde pendant plusieurs heures, alors que le F.I.L nécessite des allers retours fréquents aux toilettes. Il est difficile de bloquer le périnée pendant plus de huit heures, donc nous ne gardons pas le sang si longtemps que cela dans le corps. Si nous venons d’accoucher, avons eu plusieurs enfants ou que sommes sensibles aux fuites urinaires, le périnée peut-être un peu moins tonique. Cela peut donc être plus compliqué pour retenir le sang menstruel et il faut véritablement avoir recours à une rééducation périnéale. 

Le F.I.L peut permettre aux femmes d’avoir un rapport plus intime avec son corps et son cycle féminin. 

En conclusion, nous pouvons dire que le flux instinctif n’est pas forcément adapté à toutes les femmes. Il ne faut surtout pas se mettre une pression et nous pouvons l’essayer un week-end ou pendant les vacances pour voir si cette pratique nous convient. Nous pouvons être aussi accompagnées lors d’ateliers et rencontres des adeptes de cette pratique.